Dominique de Villepin est un bel homme.
C’est, de plus, un homme intelligent, distingué, lettré. Villepin a le sens des mots et l’art de la communication. Un art avec lequel il s’amuse à un tel point qu’on lui reproche souvent de dramatiser. De broder des discours abstraits plutôt que de s’attacher à la vie concrète.
Mais ce sont ce détachement et cette hauteur qui lui donne une stature de présidentiable.
Aujourd’hui, à 19h30 sur iTélé, j’ai regardé son discours donné à l’occasion de la réunion de son Club (www.villepincom.net) à la Maison de l’Amérique Latine, à Paris.
Un discours de présidentiable. Officiellement, l’objet est de construire une alternative à droite. Mais aujourd’hui, de Villepin a littéralement fait son appel du 27 Octobre à lui. Une déclaration de guerre à Nicolas Sarkozy, en bonne et dûe forme.
Tout y est passé : la concentration des pouvoirs, la situation économique de la France, l’inefficacité politique des dirigeants actuels, la dépendance de la France à l’international… Tout cela, sans viser directement Sarko. Mais avec fermeté. Et de lourdes critiques qui font plaisir, venant d’un homme de droite.
Etudiant le droit, j’ai surtout apprécié le fait que de Villepin veuille changer le fonctionnement actuel des institutions. Il n’est pas là que question de l’indépendance de la justice qu’il entend protéger, naturellement, suite à l’affaire Clearstream - en sous-entendant qu’il faudra réformer les institutions, de sorte à ce que le Président ne puisse être dans une telle situation de force.
De Villepin a aussi abordé l’équilibre de ces institutions. Face à un hyperprésident, le gouvernement et son premier ministre ne deviennent que des machines à traduire la pensée présidentielle. Et le Parlement une simple chambre d’enregistrement dans laquelle, pour refuser un texte de la majorité, il faut que des députés de l’opposition se cachent derrière des sièges et surgissent au moment du vote.
Egalement, de Villepin dénonce la “démocratie d’opinion”, la politique événementielle. S’il veut dire qu’est malsaine l’utilisation par les hommes politiques des polémiques afin de faire disparaître des problèmes politiques majeurs, alors je suis d’accord avec lui. S’il veut dire qu’il faut stopper le processus consistant en ce que chaque jour un nouveau problème vienne effacer celui d’hier dans la mémoire des citoyens, alors je suis d’accord avec lui.
Enfin, de Villepin souligne un fait important : le fossé qui se creuse entre dirigeants et citoyens. Et notamment le manque de relai des textes législatifs votés auprès du peuple qui se sent ensuite déconnecté de ses représentants. Et de l’action politique de l’Etat. Sur le plan juridique, ce qu’il a évoqué est très intéressant. Cela démontre bien que, même si un texte est voté par le Parlement, s’il n’a pas de légitimité parmi le peuple, alors ce dernier aura tendance à ne pas l’appliquer. Texte voté, mais avec une force juridique faible. D’une part du fait du manque d’information donnée au citoyen concernant ce texte, et d’autre du fait d’un intérêt général bien trop souvent oublié.
Et les exemples de désobéissance civile sont, il me semble, bien plus nombreux depuis que Sarko est en place. Ce qui tend à démontrer que Villepin a raison.
Je suis cependant loin d’adhérer à son idéal politique et de croire que toutes ces paroles sont totalement désintéressées. Mais si ça vous fait plaisir, vous pouvez désormais me traiter de journaliste de droite.
Ah, et ça fait un peu mal au cul d’avoir un titre comme ça quand on a manifesté contre le CPE en 2006. Mais j’assume.